La précocité intellectuelle n'est pas une maladie

Problématique :

La précocité intellectuelle est belle, elle est un signe de bonne santé mentale car elle sollicite les forces vives de  l’intelligence humaine.

Elle est une particularité de la personnalité, un don que l’enfant reçoit dès sa naissance, transmis par générations. Cette bénédiction touche une infime partie de la population, une minorité qui doit prendre place dans ce vaste monde !!!

Cependant, d’une particularité merveilleuse, elle prend souvent l’allure d’une malédiction : une obscure rumeur s’abat sur elle.  La précocité intellectuelle serait à l’origine  de bien des maux touchant non seulement les processus cognitifs qui caractérisent son fonctionnement extraordinairement complexe et puissant, mais également la  santé mentale !...

La P.I. s’emparerait  sournoisement de l’enfant qui en est frappé, pour le conduire  sur les bancs de la rééducation sous toutes ses formes ; elle serait  à la source de troubles de l’apprentissage scolaire le menant dans les cabinets d’orthophonistes pour troubles attentionnels, dyslexie etc …., de psychomotriciens et autres professionnels de la rééducation,  jusqu’à atterrir dans les classes dites spécialisées pour enfants en dérive scolaire ;

Elle serait responsable également d’un dérèglement du système émotionnel que le corps médical, pédopsychiatres,  puis psychologues, psychothérapeutes prendront en charge pour hyperactivité,, depression, tocs … !..

J’entends souvent ,sans doute par habitude  de la médicalisation qui nous caractérise, que le test de Q.I. va  poser un diagnostic  de précocité intellectuelle. Le mot en soi est déjà porteur de « maladie » et bien évidemment, il fait peur !..  Un patient me rapportait récemment que le psychologue scolaire aurait confié à son adolescent reconnu IP  « que sa précocité serait plutôt un Handicap » il n’est pas rare aussi, que des parents, inquiets et pour cause, me disent en première consultation « j’espère qu’il n’est pas précoce ! »

- Pourquoi parle-t-on ainsi de la P.I. ? Pourquoi cette connotation malsaine et inquiétante, tandis  qu’elle  devrait réjouir et être accueillie avec bonheur et félicité !

- Quelles sont les  erreurs à éviter.

Voici donc deux thèmes de réflexions que j’aborderai ici ce soir.

1ère Partie

Donc, la premier thème  que je vous soumets consiste a voir

I - Comment la précocité intellectuelle peut-elle associée à des troubles du système cognitif et émotionnel ?

De nombreux exemples tirés de ma pratique professionnelle montrent  comment la précocité intellectuelle peut être victime d’une grave erreur de diagnostic au sens propre du terme cette fois et surtout lorsque l’enfant est encore très jeune (école maternelle, CP)

Les modalités propres du fonctionnement cognitif de la PI sont prises pour de véritables troubles attentionnels, de la concentration, de la compréhension, de  la mémoire, voire de retard mental .

J’explique :

Qui  dit précocité intellectuelle dit spécificité dans le traitement de l’information.  L’enfant précoce qui apprend est sous l’emprise de multiples stimulations sensorielles, il n’en souffre absolument pas, c’est comme ça depuis toujours ! sauf que cela se voit, cela surprend  :  on voit généralement deux types de comportements chez l’enfant :

- Premier type de comportements -  la P.I est extravertie : l’enfant bouillonne visiblement d’énergie, il semble partir dans tous les sens, son attention semble écartelée, ses réponses sont le plus souvent concises, inattendues  ou, en tout état de cause, interpellent. Très souvent, une question en appelle une autre à laquelle on n’avait pas pensé et qui peut déstabiliser ;

- Deuxième type de comportements - la P.I est introvertie, le bouillonnement est discret, mais présent, l’enfant observe, prend des distances, il  est comme absent, spectateur,  il ne répond pas ou répond « à côté » : il donne l’impression  de ne pas comprendre ou de ne pas s’intéresser à ce qui l’entoure, « d’être dans son monde »

Ces comportements peuvent être confondus avec  des troubles attentionnels, de concentration, de compréhension qui vont être rééduqués par les moyens dont on dispose (médicaments, psychomotricité, orthophonie…).

Lorsque La P.I est sous l’emprise d’un conflit émotionnel

L’enfant intellectuellement précoce connaît les mêmes crises développementales que tout enfant tel par exemple être partagé entre le désir de grandir et la peur de grandir. Il vit émotionnellement les évènements de la vie, tout comme ses semblables : les deuils, les  séparations, les conflits familiaux,  sa position dans la fratrie etc.

La P.I. ne peut  être responsable du décrochage possible pendant cette période, au contraire la PI en souffre car elle se trouve submergée :

Lorsque  La P.I. rencontre l’ennui :

La vitesse de traitement caractérise le fonctionnement du système cognitif de la précocité intellectuelle.

Les conséquences se font systématiquement sentir ; le temps de l’apprentissage se trouve réduit et que faire  de ce temps d’attente  durant lequel ses pairs franchissent à leur tour les étapes de l’apprentissage. L’enfant qui attend trouve le temps long et l’ennui s’installe très vite ; Il faut alors trouver de quoi lutter contre l’ennui :- rêver, bavarder, taquiner ses voisins, faire autre chose, démissionner…

L’enfant précoce connaît alors la frustration de son rythme d’apprentissage qui se trouve bridé : c’est comme si nous avions un fleuve dont le débit serait contrôlé par un barrage ne laissant passer qu’un  filet d’eau. On imagine facilement la pression de cette eau bouillonnante contenue. Lorsque la frustration qui en découle est trop importante, c’est-à-dire que l’ennui se répète trop souvent dans la journée,  trois cas de figure s’observent :

1er cas-  la  frustration se mute en tristesse ;  l’enfant perd l’enthousiasme qui le caractérisait ;  il se laisse aller au découragement en  bâclant  son travail ou en  se  repliant sur lui-même en classe, cela peut retentir sur son humeur qui peut aller jusqu’à un faible épisode dépressif

 

2ème cas- lorsqu’elle se mute en colère, elle  peut s’exprime par l’agressivité verbale ou physique ou encore,  le sabotage du travail en classe et, à la maison au moment des devoirs, c’est un véritable « calvaire » pour l’enfant, comme pour ses parents : les devoirs prennent un temps beaucoup trop long alors qu’ils pourraient être faits rapidement.

 

3ème cas -  on observe une forme d’opposition plus insidieuse, celle qui va jusqu’à  conduire à la  somatisation,  telle une phobie scolaire (avec tous ses symptômes).

NOTA

Dans ces trois cas, on observe des résultats en dents de scie, ou une période seulement de quelques semaines de décrochage. De fait, ce type d’ennui est réellement l’expression de la P.I inhibée, frustrée. Il est alors indispensable de réactiver, au plus tôt, la flamme par un saut de classe, la mise en place d’un programme pédagogique adapté et renforcé.

Je rappelle que l’ennui ne relève pas nécessairement  de la précocité intellectuelle et il faut bien se garder de le confondre avec la présence d’un conflit émotionnel.

Dans ce cas, même si la précocité intellectuelle est reconnue,  il serait périlleux de préconiser le saut de classe : priorité doit être donnée à la prise en charge du conflit par exemple un EP  ne travaille plus depuis le divorce de ses parents ou la naissance de son petit frère...

2ème Partie :

J’aborderai maintenant la question de savoir :

II  - COMMENT EVITER QUE LA PRECOCITE NE SE RETOURNE CONTRE L’ENFANT ?

 

  • Evaluer  et reconnaître la précocité intellectuelle par le test du Q.I qui devra être passé dans les conditions rigoureuses d’un test, avec ce que cela implique c’est-à -dire par un psychologue clinicien compétent  à poser des diagnostics différentiels afin d’éviter les confusions signalées plus haut, de préférence hors de l’école  ou de l’hôpital,  en terrain neutre !....

 

  • combler les lacunes de l’apprentissage : mettre en place un coaching  spécifique à la précocité intellectuelle dans les conditions particulières : Le coaching scolaire sera d’autant plus  efficace qu’il s’exercera  auprès de professionnels connaissant bien les caractéristiques de la précocité intellectuelle ou ayant au moins des affinités avec elle.

 

La précocité intellectuelle requiert  un apprentissage spécifique  qui demande de prendre en compte la capacité d’auto-apprentissage :. On remarque, une grande disposition mentale à la construction des savoirs : auto-apprentissage de la lecture, de la numération, l’usage d’un ordinateur  et d’autres tâches extra- scolaires.

Idéalement ,  c’est aussi une raison pour  multiplier la création d’INSTITUTS  réservés exclusivement  à ces enfants  du début de la scolarité à la fin des études secondaires : avec des enseignants sensibles et formés à la précocité intellectuelle, voire eux-mêmes intellectuellement précoces (au même titre qu’il existe des classes pour enfants en difficultés scolaires ou présentant d’autres particularités).

  • prendre en compte le conflit émotionnel quand il existe et ne pas le laisser s’enraciner et ainsi contrarier la P.I..

 

  • Accélérer le rythme d’apprentissage de la précocité intellectuelle ; respecter ce rythme  rapide qui est le  sien  (ne pas craindre l’accélération du rythme d’apprentissage par le saut de classe, des programmes renforcés) ;

 

  • ne pas opter pour le redoublement : Les contradictions entre les résultats scolaires et le potentiel ne doivent pas être un frein au saut de classe. Faire confiance en la P.I.

Résumé

D’une manière générale, lorsqu’un enfant présente des difficultés d’apprentissage, il primordial de poser un diagnostic  différentiel entre la précocité intellectuelle avec ses caractéristiques propres qui doivent être protégées,  acceptées et respectées et des troubles du fonctionnement cognitif à proprement parler.

il est également nécessaire, s’il y a précocité intellectuelle, de bien s’assurer  que :

- la précocité intellectuelle réagit sainement contre l’ennui et qu’ elle s’exprime  selon son propre mode de fonctionnement  et se garder d’intervenir par de la rééducation et la pathologisation ou le redoublement .

- en revanche, et seulement lorsque l’EP subit un conflit émotionnel : il est indispensable de prendre en priorité ce conflit  qui inhibe et  contrarie la précocité intellectuelle qui n’en est pas responsable.

CONCLUSION

Pourquoi cette confusion entre précocité et pathologie qui crée l’angoisse alors que finalement  il suffirait de prendre la précocité telle qu’elle est : reconnaître et accepter la précocité intellectuelle c’est la prendre comme un « don », une richesse intérieure de la personnalité, capable d’apprendre et de partager selon des modalités propres  c’est-a-dire, avec un rythme rapide, avec des allers retours  incessants, de l’analyse à la synthèse, avec des associations ou connexions multiples  intéressantes  et parfois inattendues. C’est cela la précocité intellectuelle et rien d ‘autre.

Si la précocité ne parvient pas à prendre véritablement la place qui lui revient dans notre société, dans nos mentalités c’est peut-être aussi parce qu’elle dérange.  Je vous invite à réfléchir sur ce point et j’ajouterai que l’intelligence a toujours fait peur depuis des siècles d’histoire.

Et  enfin, je souhaiterai adresser à ceux d’entre vous dont les enfants connaissent une précocité que je dirai malmenée, rappelez-leur que grâce à leur présence au monde et leur personnalité originale, ils  vous enrichissent, que vous aimez leur précocité intellectuelle, que vous les comprenez parce vous savez bien, depuis l’origine, qu’ils sont différents (comme vous l’êtes peut-être : la précocité est transgénérationnel.  Faites confiance en votre ressenti, et faites confiance en ce don!...

Qu’ils ont  par ailleurs parfaitement leur place à l’école, au collège, à  l’université et bien entendu dans le monde professionnel ; Qu’ils ne doivent jamais renoncer à leurs ambitions, car ils représentent une richesse rare  et  extraordinaire pour notre société.

Qu’il est possible et normal  de trouver son épanouissent au sein de l’institution scolaire, à tous ses niveaux, qu’ils n’y sont que de passage, un passage obligé où il est tout à faire possible de se faire une belle place, sans renoncer jamais à la laisser vacante  et sans perdre de vue leurs  ambitions premières.

Je  me réjouis  personnellement  d’avoir l’honneur de les rencontrer et je les remercie de l’émerveillement qu’ils suscitent en moi par leur présence au monde  toute particulière.

 

(Intervention intégrale du 19 juin 2014 sous la Présidence de la FCPE du Bitterois)